Les terres agricoles du Tiers-monde, valeur-refuge des capitaux internationaux ?
Depuis la crise alimentaire qui a sévi dans le monde en développement en 2008, des millions d'hectares de terres arables des pays du Sud (en Afrique et en Amérique latine) sont achetées ou louées par les fonds de pension occidentaux, des multinationales des secteurs de l'agro-alimentaire ou de l'énergie -voire des pays du Moyen-Orient ou d'Asie- qui les utilisent pour produire des aliments mais aussi des agro-carburants destinés à l'exportation. En quelques années, le land grabbing (en français, on parle d'accaparement des terres), qui se pratique au détriment des ressources et des populations locales et dans un climat de corruption généralisée, est devenu la nouvelle "valeur-refuge" des capitaux internationaux.
Le journaliste italien Stefano Liberti a mené pendant 3 ans une enquête en Ethiopie, au Brésil, dans le Middle-West américain et à la Bourse de Chicago, en Arabie saoudite, en Tanzanie et en Suisse... pour comprendre les raisons et les motivations de cette braderie généralisée qui a véritablement commencé dans les années 2006-08. Il en a tiré un livre qui, sorti en France au printemps 2013, a retenu l'attention de nombreuses ONG impliquées dans le développement des pays tiers et a été publié dans plusieurs langues. Le 8 avril 2013 sur l'Eco-Campus de l'Ecole Normale Supérieure, Stefano Liberti précisait que, selon des estimations de la Banque mondiale, "il y a eu passage au privé en 2008-2009 de 56 millions d’hectares, soit la superficie de la France. En 2006-2007, le phénomène était dix fois moins important : il y a une accélération incroyable du mouvement d’acquisition des terres de la part d’acteurs internationaux. Il faut en particulier noter que la plupart des 56 millions d’hectares accaparés se trouvent en Afrique".
Un des exemples les plus frappants est celui de l’Éthiopie, très engagée dans cette nouvelle forme de dépendance vis-à-vis de l'étranger (Liberti n'hésite pas à parler de nouveau colonialisme)et qui, frappée de manière récurrente par la sécheresse, cède ses terres les plus fertiles — dans la région de Gambella par exemple —, aux étrangers qui produisent pour l’exportation tandis que le pays doit importer pour nourrir sa population.


