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14 nov. 17

Quand les Chefs mettent le cinéma en recettes

Cheforama - La Grande Bouffe, Marco FerreriIllustrations Marina Cremonini / Nouriturfu

Cette année là, les films français en compétition pour le Festival de Cannes vont mettre le feu à La Croisette. La Planète sauvage de Topor et Laloux, La Maman et la Putain de Jean Eustache font débat mais La Grande Bouffe de Marco Ferreri, projeté le 21 mai 1973, va scandaliser les festivaliers et les medias, faire date dans la cinématographie de l'Hexagone et s'avérer prémonitoire sur le plan sociétal .

la_grande_bouffeculture box(Photo Culture Box)

 "C’est dans la presse que la violence est le plus marquante, se souviennent Laurent Rigoulet et Jacques Morice (Télérama, 19 mai 2013). En replongeant dans les articles de l’époque, on est stupéfait. Florilège: "Honte pour les producteurs (...), honte pour les comédiens qui ont accepté de se vautrer en fouinant du grouin (...) dans pareille boue qui n'en finira pas de coller à leur peau" (Jean Cau). "On éprouve une répugnance physique et morale à parler de La Grande Bouffe" (Louis Chauvet, du Figaro). "Le Festival a connu sa journé la plus dégradante et la France sa plus sinistre humiliation" (François Chalais, d’Europe 1). "La Grande Bouffe relève plus de la psychiatrie que de la critique" (André Brincourt, du Figaro).

Cheforama (couverture)

L'évocation de ce film iconoclaste, dont beaucoup ignorent aujourd'hui la portée cinématographique et sociologique (les événements de Mai 68 qui ont alors à peine 5 ans et le premier choc pétrolier qui se précise sonnent le glas de la croissance et de la prospérité des Trente Glorieuses en Occident...), est à porter au crédit du joli livre Cheforama publié en novembre 2017 aux Editions Nouriturfu.

Cheforama___Sal__Sucr___Ang_Lee__d_tail__cr_dit_Marina_Cremonini_SHO ASHIZAWACheforama - Le Chocolat, Lasse Hallstrom (détail, crédit Marina Cremonini)

Sélectionnant une vingtaine de films (des grands classiques, des films d'animation et des oeuvres pour publics "exigeants") dans lesquels la nourriture joue un rôle, soit majeur et symbolique (comme dans le film de Ferreri) soit simplement anecdotique, la journaliste et critique de cinéma Ava Cahen et l'illustratrice italienne Marina Cremonini ont demandé à autant de Chefs de recréer ou d'inventer les recettes des scènes-clés de ces oeuvres cinématographiques.

La_Regle_du_jeula règle du jeu film renoir paulette dubost carette modot léon larive (2)

Pierre-Sang Boyer propose ainsi de revisiter La Soupe aux choux (un film de Jean Girault datant de 1981 et qui réunit Louis de Funès, Jean Carmet et Jacques Villeret) en y ajoutant sa touche personnelle liée à ses origines, un Kimchi coréen, tandis que le très grand film La Règle du jeu de Jean Renoir dénonce les faux-semblants à travers la scène de la Salade de pommes de terre, un "féculent populaire" dans lequel le Chef Sho Ashizama (du Richer) voit un révélateur des "différentes couches sociales dont parle le film". Pour La Grande Bouffe, la vision de Michel Piccoli brandissant une tête de veau a donné au Chef Mathieu Moity  l'envie d'un audacieux accord terre-mer avec mayonnaise à  l'huitre et poireaux à l'encre de seiche.

7780653727_la-celebrissime-scene-de-la-cuisine-dans-les-tontons-flingueurs (photo Unifrance)

Chaque recette est accompagnée d’un décryptage en règle de la scène convoquée, d'anecdotes de tournage ou de références culturelles et illustrée tantôt façon fantasme cinématographique tantôt cinéma-vérité. Sont ainsi passés au crible des deux auteures La Femme du boulanger, le Festin de Babette, Ratatouille, American Beauty, Peau d'âne, Kung-Fu Panda, Salé Sucré, etc...

En dépit de quelques recettes un peu "attendues" (la ratatouille de Ratatouille, la Glace au Chocolat du film Chocolat, le Homard d'Anny Hall), le livre offre de belles pépites comme le Couscous Royal et exotique (aux coquillages et langoustines) du film La Graine et le Mulet d'Abdelatif Kechiche, cuisiné par Nordine Labiadh, chef de L'A Mi-chemin, le Ragoût de boeuf inspiré de Soleil Vert réalisé en 1973 par Richard Fleisher (l'un des premiers films consacrés à l'environnement et à l'épuisement des ressources naturelles sur la planète !), le Milkshake à la vanille de Pulp Fiction, les pâtes à la tomate et au poulpe du Grand Bleu ou le Cake d'amour de Peau d'Ane (Jacques Demy, 1970) concocté par Claire Damon -qui avoue pourtant ne pas trop aimer le film-.

écran large1886454611219652_856538984383168_1191828909920152517_n (2)(Photo Ecran Large)
Sans oublier le mythique et indémodable Tontons flingeurs de Georges Lautner (1963) et sa scène d'anthologie autour de quelques tartines et d'un tord-boyaux à la pomme qui a donné l'idée à Florent Ciccoli de préparer des Sandwichs des flingueurs à la ricotta, aux anchois et aux tomates séchées.

Avec la participation des chef(fe)s : Maxime Bussy, Alessandra Montagne, Johan Barre, Mathieu Moity, Sho Ashizawa, Pierre Sang Boyer, Arnaud Tabarec, Nordine Labiadh, Jean-Philippe Colin-Brandyet, Thierry Facheaux, Florent Ciccoli, Michele Farnesi, Kristin Frederick, Taku Sekine, Mikaela Helena Liaroutsos, Tommaso Melilli, Mary Quarta, Xavier Jarry et Claire Damon.

Cheforama, Ana Cahen  et Marina Cremonini, Editions Nouriturfu

 

Posté par Catherine Thenes à 06:28 - A lire toutes affaires cessantes - Commentaires [0] - Permalien [#]
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