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05 avr. 17

Le vin français pendant l'occupation nazie, Le "récit national" à l'épreuve des faits

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Pendant la 2nde guerre mondiale, les occupants nazis ont fait subir à la production et au commerce des vins français la même mise en coupe règlée que les autres secteurs de l'économie du pays.

Dans les années 1930, la France était le 1er producteur, exportateur, importateur et consommateur mondial de vins. Le secteur représentait alors 1,6 million de viticulteurs et 7 millions d'emplois directs ou indirects.

photo-sdr-1462194398(Photo Le Bien public)

Dans un livre publié au printemps 2017 chez Armand Colin, l'historien Christophe Lucand rappelle que, dans les mois qui avaient précédé l'attaque sur la France, "le vin avait été officiellement désigné par les autorités de Berlin comme un produit hautement stratégique". Dès la défaite, les nazis se sont empressés de faire main basse sur le vignoble français, soumettant le monde viticole "à l'épreuve de la guerre, de l'occupation et de toutes les compromissions".

Selon cet historien (professeur agrégé, docteur en histoire), l'immense dispositif de captation des ressources mis en place dès l'été 1940 dans tout le pays a bénéficie du "relais très ambigu de l'Etat de Vichy" et de "la participation de dizaines de milliers de professionnels français directement impliqués dans une collaboration très active avec l'occupant".

soldat-allemand-dans-des-vignes-de-bourgogne(D.R.)

Grâce à l'action des Weinführer, ces délégués envoyés par Berlin dans les régions viticoles, à leur capacité d'achat quasiment illimitée et à leur parfaite connaissance des milieux viti-vinicoles locaux et à leurs liens commerciaux souvent anciens entretenus avec les professionnels français, ce sont des dizaines de millions de bouteilles et des millions d'hectolitres de vin qui, au terme du conflit, auront ainsi été "livrés sans encombre à l'adversaire, suivant des dispositions qui participèrent largement à l'effort de guerre allemand et qui assurèrent  la fortune de nombreux négociants, viticulteurs et intermédiaires locaux, au détriment direct des intérêts de la France".

vii_ko104983930_3_7bf5_un-soldat-allemand-s-est-reserve-quelque_e783e6cecf66d1b1a23141b2deebebee(D.R.)

Cet ouvrage devrait faire date. Constituant 70 ans après la fin du conflit la première enquête historique à caractère scientifique sur toutes les facettes des rapports entre le vin et la guerre pendant l'occupation nazie, il ouvre "les portes des arrière-boutiques" de la France et met "l'accent sur les vérités désagréables" plutôt que sur les "discours dominants qui, dans ce domaine, ne font toujours état que des faits de résistance".

Le récit national célébrant un "monde du vin fait d'audace et de bravoure face à la brutalité, au chantage, à l'injustice et aux exactions" est mis à mal, laissant place à une histoire plus brutale, "une tragédie que l'on a pendant longtemps voulu oublier".

Le vin et la guerre, Christophe Lucand, Armand Colin

 

 

 

 

 

 


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