Du Bruit Côté Cuisine

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15 déc. 15

"L'omelette vietnamienne, c'est difficile", selon Marguerite Duras

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C'est un tout petit livre qui a fait sa réapparition dans les librairies en 2014, après 15 longues années d'interdiction, coïncidant avec le centenaire de sa naissance. Une soixantaine de pages auréolées de la gloire littéraire de la lauréate du Prix Goncourt 1984 et entachées d'une sombre bataille juridique entre Jean Mascolo, le fils de Marguerite Duras et Yann Andréa, le dernier compagnon de Marguerite et son exécuteur littéraire. 

Après la mort de Duras, son fils avait publié en 1999 La Cuisine de Margueritedans la maison d'édition Benoît Jacob qu'il venait de créer. Ce recueil de recettes de cuisine et de textes n’ayant selon lui "pas d’autre prétention que de rendre un hommage intime à Marguerite Duras pour cette activité quotidienne qu’elle n’hésitait pas à tenir pour aussi créatrice que l’écriture et dont nombre de ses amis se souviennent". A la demande de Yann Andréa, l'opuscule est interdit d'exploitation par décision de justice (Cour d'appel de Paris, 13 septembre 1999). Ce n'est qu'en octobre 2014, quelques semaines après la mort de Yann Andréa, que le texte fait enfin l'objet d'une nouvelle mise en vente et réapparait dans les librairies. 

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Femme de lettres mais aussi esprit éminemment pratique, amoureuse des plaisirs de la vie, de la nourriture et du vin, Marguerite était assez bonne cuisinière et aimait cuisiner: "Vous voulez savoir pourquoi je fais la cuisine ?, demandait-elle. Parce que j’aime beaucoup ça… C’est l’endroit le plus antinomique de l’écrit et pourtant on est dans la même solitude, quand on fait la cuisine, la même inventivité… On est un auteur".

Dans les Cahiers de l'Herne (2005), Edgar Morin trace un tableau du rapport de Marguerite à la nourriture: " Rue Saint Benoît, Marguerite était la reine des abeilles qui faisait la cuisine, torréfiait le café sur sa poêle…. Pendant la guerre, elle recevait des sacs de riz de sa mère en provenance d’Indochine et nous préparait des plats vietnamiens. Elle invitait à déjeuner ou à dîner écrivains célèbres ou inconnus… Elle régentait tout, et de plus trouvait le temps d’écrire… ".

Outre les recettes signées de l'auteur, les textes rassemblés dans La Cuisine de Marguerite sont extraits des entretiens radiophoniques Le Bon plaisir de Marguerite Duras, ainsi que des livres Les enfants maigres et jaunes, Outside (Albin Michel, 1981), La Vie Matérielle (P.O.L.,1987), Madame Dodin et Récits (Gallimard, 1954). Les admirateurs de l'écriture durassienne y trouveront notamment de jolis passages sur la soupe aux poireaux, la confiture d’oranges amères ou l'omelette vietnamienne....

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"On croit savoir la faire, elle paraît si simple, et trop souvent on la néglige". Pour Marguerite Duras, si "rien, dans la cuisine française, ne rejoint la simplicité, la nécessité de la soupe aux poireaux", il faut bien constater que "dans les restaurants, cette soupe n'est jamais bonne: elle est toujours trop cuite (recuite), trop longue, elle est triste, morne...". Marguerite conseille de faire cuire cette petite merveille de la cuisine populaire entre quinze et vingt minutes (pas plus !),  de ne mettre les poireaux que "lorsque les pommes de terre bouillent" (la soupe n'en sera que plus verte et plus parfumée...) et de bien  la doser: deux poireaux pour un kilo de pommes de terre.

Quant à réussir l'omelette vietnamienne, “c’est difficile", concède Duras. "Il faut un feu très doux et du temps. Le secret c’est la patience. Il faut faire ce plat dans une poêle avec en dessous un diffuseur. Faites revenir des lardons ou du porc gras non salé. Coupez en tout petits morceaux. On peut ajouter la moitié d’une gousse d’ail râpée. Quand le porc est bien revenu, ajoutez des poireaux émincés très fin. Poivrez. Ne pas saler. Quand les morceaux et le lard sont bien amalgamés, ajoutez les champignons noirs trempés dans l’eau bouillante (très bien nettoyés auparavant), du vermicelle chinois et des germes de soja. Avant les oeufs, mettre le nuoc-mâm, une bonne rasade, mais attention, le nuoc-mâm est très salé. Ne pas mettre de sel ou très peu. Goûtez.”

Et Marguerite de conclure: "Il m’est arrivé de rater ce plat et je n’ai pas compris pourquoi. Les oeufs devaient avoir trop cuit. Il m’est arrivé de le réussir au-delà de ce que j’avais cru possible, je ne sais pas non plus pourquoi”.

La cuisine de Marguerite, Marguerite Duras, Editions Benoît Jacob

Posté par Catherine Thenes à 09:11 - A lire toutes affaires cessantes - Commentaires [0] - Permalien [#]
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